Le mouvement politique des femmes modernes en Iran et en Afghanistan 1996-2005
ساعت ٤:٢۱ ‎ب.ظ روز چهارشنبه ٧ اردیبهشت ،۱۳٩٠ : توسط : فاخره

Le mouvement politique des femmes, en Iran et en Afghanistan, vise à obtenir une égalité des droits, entre les hommes et les femmes. Il est influencé par le discours et les intellectuels des mouvements féministes des autres régions du monde.

Ce mouvement des femmes, dans ces deux pays, trouve ses racines au XVIII siècle. Des mouvements constitutionnels vers plus de liberté ont alors été amorcés, grâce à l’activité  et à l’engagement politiques auxquels ont été associées des femmes. Elles sont cependant restées soumises au pouvoir patriarcal. Leur mouvement a en effet largement été instrumentalisé par l’élite politique des deux pays, tant pour les réformes sociétales et politiques que pour conduire la Révolution et pour mener les guerres.

Le rôle des évènements politiques de la fin du XXème siècle

A partir de 1996, en Iran et en Afghanistan, les événements politiques provoquèrent un mouvement d’une autre nature dans la vie politique des femmes des deux pays.

En Iran, à l’occasion de  la reconstruction de l’Etat  après la guerre et ensuite de la préparation de l’élection présidentielle, les femmes profitèrent de la liberté d’expression qui leur était laissée pour demander plusieurs droits politiques et la modification des codes pénaux et des lois contraires au droit des femmes.

En Afghanistan, dans le même temps, les Talibans ont tenté de confiner les femmes à la maison. Elles ont perdu tous leurs droits sociopolitiques. Ces agissements des Talibans étaient insupportables pour les intellectuelles afghanes et leur tentative d’enfermement des femmes n’a pas réussi. Elles ont en effet  manifesté contre les Talibans dans les grandes villes comme Kaboul, Herat, Kandahar et Mazar-e-Sharif. Certaines furent arrêtées et emprisonnées. Mais elles continuèrent à jouer un rôle actif dans la vie sociopolitique pendant et après la guerre, du fait de l’absence des hommes.       

Les Talibans, pour appliquer leurs règles régressives, étaient obligés de s’appuyer sur les femmes pour imposer les lois islamiques. C’est ainsi que la police religieuse des Talibans a engagé des femmes, les hommes n’ayant pas la possibilité d’intervenir auprès des femmes. Par ailleurs, sous la pression des Talibans, les intellectuelles afghanes furent amenées à quitter le pays pour l’Iran, le Pakistan ou les pays européens.         

L’émigration des afghanes en Iran et au Pakistan, a été un facteur important dans l’évolution de leur regard sociopolitique. La société émigrée des afghanes a vécu en effet des expériences très importantes. A ceci, s’est ajoutée la révolution de l’internet.

Au Pakistan, les femmes immigrées n’avaient aucun droit. Les réfugiés afghans étaient enfermés dans des camps situés majoritairement au sud du territoire Pachtoune qui avait été partagé entre l’Afghanistan et le Pakistan à la suite du traité Durand en 1893. Les tribus ont maintenu le pouvoir patriarcal traditionnel et, en effet, les pachtouns du sud sont encore plus conservateurs que les habitants de Kandahar.

Les immigrés ont rencontré un autre problème important d’ordre économique : la vie y est très chère pour eux et le chômage généralisé. Par ailleurs, la culture de l’opium et les groupes de pression liés à des trafics de toutes sortes ont fait que cette région échappe largement au contrôle de l’Etat pakistanais. Dans ce contexte les immigrées afghanes n’avaient pas l’occasion d’aller à l’école car les écoles étaient payantes, la sécurité des déplacements n’était pas assurée et, de plus, les jeunes filles se marient très jeunes (13-14 ans) suivant la tradition pachtoune. 

L’organisation féministe des Afghanes (RAWA) est la seule organisation de ce type qui existe  au Pakistan. Elle a été fondée par Mina Kechwar Kamal qui fut assassinée en 1978. Cette organisation féministe est anti-communiste. Si elle n’a jamais eu beaucoup d’influence sur l’ensemble des femmes immigrées, elle a aidé à former des militantes de l’action féministe.       

Typologie des actrices du mouvement

En général, dans les sociétés iraniennes et afghanes, les femmes peuvent être classées en  trois groupes :

-         les religieuses,

-         les laïques,

-         les modernes.

Il y a des sous-ensembles dans chaque groupe.

Parmi les religieuses, on trouve  les femmes religieuses traditionnelles qui sont les disciples des différentes écoles religieuses, les femmes religieuses réformistes et les intellectuelles religieuses (assimilables à des mollahs féminins).

Parmi les femmes laïques, on classe les communistes, mais qui ont dû quitter le pays, et des libérales qui sont rentrées dans la clandestinité dans la deuxième phase de la Révolution Islamique.

Enfin, le groupe des femmes modernes qui a pris consistance à la suite de la Révolution Islamique est constitué d’universitaires, d’avocates, d’écrivaines et d’intellectuelles. 

Les femmes religieuses ont une influence capitale dans le système sociopolitique en Iran et en Afghanistan et  elles considèrent les femmes modernes comme des ennemies de l’Islam. Elles profitent des symboles chiites (l’Imam Houssine, l’histoire de la famille du prophète) pour poursuivre des objectifs politiques et renforcer leur influence dans la société à l’aide de pratiques traditionnelles (Tékieh, Jalasseh Coran, la cérémonie d’Achora) qui ont une grande  importance dans la vie quotidienne des Iraniennes et  des Afghanes.

Les femmes laïques, après la Révolution Islamique en Iran, ont été écartées de la scène politique : elles furent condamnées à la peine de mort, mises à la retraite, licenciées ou contraintes à l’exil. Mais elles ont toujours fait cause commune avec les femmes modernes. Elles ont toujours été écartées du pouvoir, car, en Iran et dans la plupart des pays islamiques, l’athéisme et même la laïcité ne sont pas acceptés. Tout le monde est obligé d’avoir une religion.

Les femmes modernes, quant à elles, sont marginalisées dans  la société, car elles sont sous la pression critique permanente des femmes religieuses. En effet, elles ne donnent pas la même interprétation aux  symboles religieux utilisés par la politique.  

Les femmes souffrent particulièrement, en Iran et en Afghanistan, de la faiblesse des institutions et des structures de la société. L’expression des groupes et des partis politiques est limitée par un Etat oppressif et des groupes de pression : les masses ne sont pas organisées et ne sont sollicitées que pour des manifestations ponctuelles commandées par le pouvoir religieux. La participation politique ne peut pas s’organiser dans le cadre d’un système stable ; elle n’est effective que pour des militants et des militantes très engagés, volontaires et acceptant de courir des risques. L’Etat profite de cette situation qui favorise l’influence des femmes religieuses au détriment du mouvement des autres femmes.

Raisons de l’existence d’un mouvement commun dans les deux pays

Malgré l’autonomie et l’indépendance politique de ces deux pays, l’Iran et l’Afghanistan sont restés très proches du fait de l’existence d’ :

Une histoire commune :

L’Iran et l’Afghanistan ont une longue histoire commune. Ces deux pays faisaient partie de la Grande Perse.  En 700, après l’invasion des Arabes, la Grande Perse Sassanide est devenue musulmane et a rejoint  l’Islam politique. Toutes les administrations sont devenues islamiques et l’arabe fut imposé comme langue officielle. Il a fallu attendre deux siècles pour que la dynastie des Ghaznavides du Grand Khorasan (962-1066) mette un terme à la domination des Arabes, en Perse.

Cette dynastie a reconstruit la culture et la littérature persane. La cour des Ghaznavides a encouragé et soutenu financièrement des scientifiques et des philosophes persans pendant plus de cent ans. Les rois qui succédèrent à la dynastie Ghaznavides, adoptèrent définitivement la langue persane qui est redevenue la langue officielle.

En 1885, l’Afghanistan fut séparé de la Perse par la convention de Paris signée par  l’Angleterre et la Russie. En 1919, le Roi réformiste Amanullah déclara l’indépendance de l’Afghanistan vis-à-vis des différentes puissances (la Russie, l’Angleterre) qui avaient conservé une influence sur des parties du pays. Mais ceci  ne mit pas fin aux relations avec l’Iran. Les modernisations sociales et politiques furent adoptées par les rois des deux pays, en même temps et de façon concertée.

 Le sentiment d’une appartenance à un ensemble transnational commun

Même après l’indépendance de l’Afghanistan, les évolutions sociopolitiques demeurèrent liées dans les deux pays. En effet, les deux partis communistes étaient en relation constante et coordonnés, l’un et l’autre, par Moscou. Et les Islamistes étaient sous l’influence de Khomeiny.   

Les peuples des deux pays ont le sentiment d’une appartenance régionale commune :

L’Afghanistan d’aujourd’hui faisait jadis parti d’une région de haute civilisation et très développée, le Khorasan. Cette région est le berceau de la culture et de la langue persane. Ses habitants demeurent attachés aux mêmes traditions religieuses et à un système économique qui perdurent toujours malgré des frontières politiques bien marquées. Ainsi la division du Grand Khorasan en deux parties n’a pas mis fin à des relations culturelles et socio-économiques transnationales, notamment entre les habitants des grandes villes.

Une religion commune                

L’Islam, religion commune, crée aussi une même identité forte entre les deux pays. L’Islam a une place importante dans l’encadrement de la vie sociopolitique comme dans les pays musulmans. Les lois constitutionnelles, les codes pénaux, les règles sociales sont sous l’influence de l’Islam. En Islam, tous les musulmans, même appartenant à des pays différents, sont égaux et frères.

A noter la cohabitation, aujourd’hui, apaisée entre sunnites et chiites. Ce qui montre que les facteurs de cohésion qui existent par ailleurs sont plus forts que les différences (conflictuelles dans d’autres pays) entre ces deux branches de l’Islam.

Une langue commune

La langue persane, vieille de plus de deux mille ans, est une langue interrégionale et parlée dans plusieurs pays de l’Asie centrale : le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Afghanistan et l’Iran.

Des économies  complémentaires  

L’économie de l’Afghanistan après l’intervention d’OTAN (NATO) est très dépendante de l’Iran. L’Afghanistan est un pays dévasté par la guerre et toutes les structures sociales, économiques et politiques ont été détruites. L’Iran est un pays développé qui a les moyens  d’assurer les besoins de la population.

Les tentatives de l’Iran pour un alignement des politiques intérieures et extérieures et le rôle potentiel des femmes 

Les politiques étrangères des deux pays sont largement interdépendantes, avec des influences souterraines de l’Iran sur l’Afghanistan. Ces deux pays ont des intérêts supérieurs communs, notamment à propos de la sécurité régionale, qui leur imposent d’entretenir de bonnes  relations politiques.

La diplomatie des iraniens dans les pays de l’Asie centrale vise à un développement des relations interrégionales. L’Afghanistan ne peut échapper au leadership iranien par lequel transitent les éléments de modernité occidentale. Notamment, le mouvement des femmes afghanes est très influencé par les intellectuelles iraniennes.

L’Iran pour développer ces relations interrégionales, politiques et économiques, intervient dans le jeu politique en achetant des alliances : certains « seigneurs de guerre » et certaines intellectuelles. Car ces dernières sont très utiles. En entrant dans les écoles religieuses ou à l’Université, elles peuvent noyauter des pans entiers de la société et devenir des militantes  des intérêts nationaux iraniens en terre afghane.

Les « seigneurs de la guerre » ont un besoin permanent de soutiens financiers. Ce qui les rend dépendants de bonnes relations avec le bailleur de fonds traditionnel qu’est l’Iran. Par ailleurs, pendant la guerre contre la Russie et la guerre civile, l’Iran leur a servi de base arrière et de replis.

A partir de 2001, les iraniens ont voulu, plus encore, profiter de la situation politique et économique difficile en Afghanistan, pour s’opposer à l’influence des américains et à l’importance de leur présence militaire. Mais cette tentative a été contrecarrée et a échoué. Car les femmes libérales ont été écartées de la scène politique par les Talibans et les seigneurs de la guerre. Sima Samar, conseillère de l’Etat et militante pour les droits de l’homme à Kaboul, a fait partie de cette génération.

Celles qui ont réussi à acquérir une influence dans la société sont des femmes intellectuelles universitaires de la deuxième génération ; totalement indépendantes, elles n’ont pas de sympathie particulière pour les visées hégémoniques de l’Iran.

Le manque de compétences dans les structures administratives et gouvernementales a rendu leur participation indispensable. En 2003, le nombre des candidatures féminines à l’Assemblée Nationale a augmenté de 30%. Plus de 20% des candidates à l’élection présidentielle étaient des femmes. C’est une réussite pour les intellectuelles issues de l’émigration en Iran et au Pakistan. Les workshops, les séminaires pour les droits de femmes étaient tous organisés et animés par des intellectuelles. Mais ces succès ont été obtenus dans les grandes villes et ne touchent pas l’ensemble du pays. En général, les femmes intellectuelles des deux pays ont le même discours mais leurs activités sont toujours limitées par les groupes de pression religieux et traditionnels.